lundi 23 mai 2016

Questions sur le poème "Spleen" LXXVIII

Edvard Munch, Le Cri, 1893

Voici les questions portant sur le poème "Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle..."

1. Cherchez l'origine et la définition des mots "spleen" et "mélancolie".
2. Sur quelle structure grammaticale est composé le poème ?
3. Analysez et interprétez les figures de style qui présentent l'espace dans les trois premiers quatrains.
4. En quoi les deux derniers quatrains fonctionnent-ils comme une chute ?
5. Quelle atmosphère générale se dégage du poème ? Expliquez grâce à quels procédés le lecteur perçoit-il cette atmosphère.


Edvard Munch, Mélancolie, 1894



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mardi 19 avril 2016

Proposition de commentaire




Pour ceux qui le souhaitent, voici un texte à commenter pour la rentrée. Il s'agit de l'incipit du roman Aurélien, d'Aragon.
Vous trouverez beaucoup de choses sur Internet, c'et un texte connu, mais il va sans dire que si vous recopiez bêtement des analyses qui ne viendraient pas de vous, la note sera mauvaise... (et comptée !).

Bonnes vacances !

jeudi 31 mars 2016

Corrigé texte 6, Micromégas



Voici un petit mix des copies de Domitille, Flore et Swanny.
Bon travail !!




                Les contes philosophiques du XVIIIe siècle ont pour but, de même que le genre plus général de l’apologue, de plaire et d’instruire. Ils ont ainsi pour objectif de transmettre et d’enseigner une leçon de vis sans rebuter le lecteur. Ils ont deux enjeux, l’enjeu narratif et éducatif. Les contes philosophiques mettent en scène le plus souvent des personnages naïfs, étrangers, qui posent un regard neuf sur la société. Par ailleurs, le conte philosophique est caractéristique de la pensée des Lumières et il porte donc une critique politique, sociale et religieuse de la société. Appartenant au mouvement du libertinage de pensée, Voltaire, qui connut l’exil ou l’emprisonnement en raison de ses écrits, n’hésite pas à prendre la plume pour critiquer la société ou la religion, afin de placer la vérité au sommet de ses récits. Son conte Micromégas, écrit en 1752, relate le voyage d’un habitant de l’étoile Sirius vers la Terre, en passant par Saturne. L’extrait soumis à notre étude et qui ouvre le conte dresse le portrait physique et moral du personnage voyageur, Micromégas. En quoi cet extrait est-il caractéristique d’un incipit de conte philosophique ? Nous étudierons pour commencer l’aspect comique de cet extrait, lié en partie à son registre merveilleux, avant de nous pencher sur sa dimension philosophique.

(vous pouviez choisir de faire un plan plus « traditionnel » :

I.                    Les caractéristiques du personnage principal
II.                  L’action
III.                L’enjeu philosophique et critique)



En premier lieu, afin d’aborder l’enjeu comique du passage, nous allons étudier la description étonnante, paradoxale et comique qui est faite de Micromégas.
Tout d’abord, le champ lexical de la taille et l’énumération de nombres décrivant la hauteur de Micromégas sont assez surprenants : « huit lieues de haut » (l.4), « vingt-quatre mille pas géométriques de cinq pieds chacun » (l.4/5), « cent vingt mille pieds de roi » (l.7/8). Cette succession de nombres désignant Micromégas et sa planète se poursuit tout au long du premier paragraphe, ligne 1 à 15 et se conclut sur une antiphrase comique : « Rien n’est plus simple et plus ordinaire dans la nature. »  (l.11/12), qui contraste totalement avec la taille mirobolante et inhumaine de Micromégas, et les calculs mathématiques précédents dont la variété des mesures de valeur porte un effet comique. Ces trois procédés mettent en valeur la taille du personnage éponyme au long de quinze lignes, comme si cette caractéristique était l’une des plus importantes. En ce sens, la description du Sirien est surprenante par les choix de valorisation du narrateur.
Par ailleurs, le portrait dressé par le narrateur terrien est également paradoxal. En effet, le narrateur parle de l’habitant de Sirius en des termes très mélioratifs : « honneur » (l.2), « son excellence » (l.16), « merveilleusement » (l.40), si bien qu’il nous apparaît comme un véritable seigneur. De plus, le narrateur utilise aussi des hyperboles pour décrire le voyageur, comme par exemple à la ligne 16/17 : « tous nos sculpteurs et tous nos peintres conviendront sans peine » ; il utilise aussi nue antiphrase entre le premier paragraphe et la ligne 18, « ce qui fait une très jolie proportion », alors que Micromégas est totalement disproportionné par rapport aux habitants de la Terre. Ce manque apparent d’objectivité de la part du narrateur, vraisemblablement séduit par le Sirien, et qui en dresse un portrait peut-être trop mélioratif, porte à sourire. Enfin, le nom même du personnage éponyme forme un oxymore entre « micro », qui signifie minuscule, et « mega », qui signifie géant. Cela provoque ainsi un effet comique lorsque le lecteur découvre le nom du personnage.
Enfin, on retrouve ce registre comique dans d’autres aspects du portrait de Micromégas. En effet, il nous est au départ présenté comme un « jeune homme » (l.1/2). Or, au fur et à mesure du récit, on apprend qu’il a entre 670 et 1470 ans, comme le prouvent les expressions temporelles « vers les quatre cent cinquante ans » (l.24/25), « le procès dura deux cent vingt ans » (l.31/32) ou encore « l’auteur eut ordre de ne pas paraître à la cour de huit cents années » (l.33). Les deux passages constituent donc une antiphrase, que l’antithèse entre « quatre cent cinquante ans » et « enfance », ainsi que la négation restrictive de la ligne 20 (« il n’avait pas encore deux cent cinquante ans ») viennent renforcer. De plus, la personnification de l’esprit du personnage principal dans l’expression « par la force de son esprit » (l.21/22) met en valeur les qualités intellectuelles de Micromégas. Micromégas est en effet présenté comme un être plein d’esprit. La répétition du terme aux lignes 2, 22 et 31 le prouve. Cet esprit exceptionnel est caractérisé par le champ lexical de la connaissance : « cultivés » (l.19), « sait » l.19), « étudiait » (l.20), « collège » (l.20), « connaissait » (l.39). Ce portrait  moral mélioratif est renforcé par le superlatif de supériorité « un des plus cultivés » (l.19). Enfin, les nombreuses références culturelles permettent de situer le niveau de connaissances du personnage, qui est comparé à « Euclide » ou à « Blaise Pascal » (l.22).
Ainsi, les deux premiers paragraphes viennent dresser un portrait amusant du personnage éponyme, à la fois jeune et âgé, et dont les caractéristiques physiques n’ont rien d’humain. Mais certains aspects de la description du personnage peuvent être porteurs de messages plus profonds qu’il n’y paraît en première lecture.
                               


                                Notre étude va porter à présent sur l’aspect philosophique de cette ouverture de conte. Pour cela, nous aborderons en premier lieu la critique faite de la Terre, avant de nous pencher sur la critique de la cour, et enfin sur la critique de la religion soutenue par le passage.
                                Tout d’abord, le narrateur fait une critique de notre société en évoquant la petitesse de notre planète. On peut relever la répétition de l’adjectif « petite » dans l’expression « petite fourmilière » (l.3) et « notre petite terre » à la ligne 11. De plus, l’utilisation de la première personne permet au narrateur de comparer le géant à un « nous » représentant la société terrienne : « nous autres » (l8), « nous » (l.19 et 39), « notre » (l. 3, 9 et 38). Le narrateur utilise également des périphrases péjoratives pour parler de la planète Terre, telles que « notre petite fourmilière » (l.3) ou « notre petit tas de boue » (l.39). Enfin, les comparaisons de mesures entre la Terre et la planète du géant viennent mettre en valeur notre petitesse ; nous pouvons relever « guère que cinq pieds » (l.8) ou ligne 10, « vingt_et_un millions six cent mille fois plus de circonférence que notre petite terre ». Ainsi, le narrateur insiste sur la supériorité, ne serait-ce qu’en taille, de la planète de Sirius par rapport à la Terre.
                                Par ailleurs, derrière l’histoire du géant se cache en réalité une critique de la religion. En effet, la gradation « des propositions suspectes, malsonnantes, téméraires, hérétiques, sentant l’hérésie » (l.28/29) montre le manque de jugement du muphti. Par ailleurs, le champ lexical de la justice, « poursuivit » (l.29), « procès » (l.31), « défendit » (l.31), « condamner » (l.32) et jurisconsultes » (l.32) vient démontrer les conséquences que peuvent avoir la simple écriture d’un livre sur les insectes (à comprendre comme le symbole d’un livre scientifique) lorsque la religion est trop présente, trop dominatrice et trop autoritaire dans un état. On comprend aussi que ce procès contre Micromégas est une mascarade, car les juges n’ont même pas lu l’objet de tant de discordes. La religion apparaît alors comme un frein au progrès, sans argument valable pour lutter contre la connaissance, mais avec la seule volonté inexplicable pour l’auteur de rejeter le savoir.
                                Enfin, la pensée de Voltaire et sa critique de la société se dégagent également de ce récit. L’utilisation du présent de vérité générale nous donne l’avis du philosophe. En effet, l’expression contenant une antithèse « Les Etats […] ne sont qu’une très faible image des prodigieuses différences que la nature à mises dans tous les êtres » (l.12/15) nous amène à ne pas juger une personne par son apparence, puisqu’elle ne la choisit pas mais la reçoit de la nature, et que la nature propose une diversité infinie de formes. Ensuite, la périphrase à valeur péjorative « nous autres, sur notre petit tas de boue, nous ne concevons rien au-delà de nos usages » constitue une critique virulente des Européens du XVIIIe siècle. Cette affirmation les accuse de ne pas chercher à se cultiver et d’écraser les autres peuples, dont les coutumes diffèrent des leurs ou dont la couleur de peau n’est pas semblable. On sent également une pointe de regret ici une pointe de regret sous la plume de Voltaire, qui aimerait évoluer dans une société qui ne jugerait pas de bonnes manières, mais sur des valeurs. Enfin, le lecteur perçoit la critique faite de la cour du roi dans l’expansion nominale de la ligne 34/35 : « une cour qui n’était remplie que de tracasseries et de petitesses ». On comprend bien alors que Micromégas est une sorte de double de l’auteur, qui comme lui dut quitter la cour en raison d’écrits jugés subversifs, et qui connut, comme lui, la censure.
                                Cet incipit présente donc également un enjeu philosophique, puisqu’il porte plusieurs critiques de l’auteur envers la société de son époque, et en particulier la censure que le gouvernement de monarchie absolue exerce, et qui freine l’accès aux connaissances et au progrès.



                                Par le biais de l’argumentation indirecte, ce conte philosophique remplit donc la double fonction de plaire et d’instruire, et intègre en ce sens ce texte au genre de l’apologue. Ce récit traduisant la pensée des Lumières n’est pas sans évoquer L’Ingénu de Voltaire, un autre conte philosophique qui permet à l’auteur de critiquer sa société.

mercredi 30 mars 2016

Les textes des oraux





Voici les textes des oraux.
Le 3e texte, le dénouement de Dom Juan, se trouve dans votre manuel, vous devez le photocopier.

Le Tartuffe
Bérénice

La Barbe bleue
L'Ingénu
Micromégas

Je vous rappelle que vous aurez 30 minutes de préparation, et environ 7 minutes d'analyse et 7 minutes d'entretien avec l'examinateur.
Travaillez AUTANT vos textes en commentaire que TOUS vos documents complémentaires, chaque partie est notée sur 10, l'une n'est pas plus importante que l'autre ! La plupart des textes complémentaires sont dans votre manuel, ou dans vos cours !!
Relisez avec attention les fiches de séquence pour savoir quelles sont les notions à maîtriser.

Bon courage à tous !!


mardi 15 mars 2016

Pour réfléchir à la mise en scène du Tartuffe vue en classe



Pour ceux qui le souhaitent, voici un dossier qui étudie la mise en scène de Stéphane Braunschweig au Théâtre national de Strasbourg.

jeudi 3 mars 2016

Atelier George Dandin



Bonjour à tous,
Pouvez-vous faire circuler entre vous s'il-vous-plaît le message suivant, pour ceux qui ne participent pas au voyage :

Merci de venir en classe avec votre édition de George Dandin lundi 7 mars (lundi de la rentrée) !!!

mardi 16 février 2016

Corrigé du dénouement de Dom Juan



(mise en scène de Daniel Mesguich)


Voici (enfin !!) le corrigé de l'étude du dénouement de Dom Juan, que vous aviez à faire pendant les vacances de Noël.
Il s'agit de la copie de Flore, très légèrement modifiée.
Je vous laisse, comme d'habitude, imprimer le devoir chez vous et le retravailler, rechercher les étapes du paragraphe argumenté, etc.
Inspirez-vous !!




[Accroche] Avec l’apogée du classicisme entre 1660 et 1680, le baroque est quelque peu oublié. Le baroque est un mouvement artistique et littéraire basé sur l’étude des métamorphoses, notamment par le biais du thème de l’eau et des bulles de savon. Mais l’arrivée du classicisme réimpose des lois de plus en plus contraignantes, notamment au théâtre avec les règles du théâtre classique. [Auteur] Ainsi, Molière, dit Jean-Baptiste Poquelin, directeur de troupe de l’Illustre théâtre, passe rapidement sous la protection du roi, Louis XIV, qui apprécie ses pièces mais est contraint d’en censurer certaines sous la pression de la cour. [Pièce] Dom Juan est une pièce écrite par Molière en 1665, à la suite de la censure de Tartuffe en 1664. Cette comédie sérieuse revient sur les dernières heures de la vie d’un libertin, Don Juan. La pièce fait des exceptions aux règles du théâtre classique ; en effet, elle ne respecte pas la règle des trois unités ni celles de bienséance et de vraisemblance. Par ailleurs, elle se termine mal, contrairement à ce qu’exige le code de la comédie. [Passage] Les scènes 5 et 6 de l’acte V constituent les scènes de dénouement de la pièce ; on y retrouve Don Juan, son valet Sganarelle, la statue du Commandeur et un spectre. [Problématique] En quoi s’agit-il d’un dénouement à la fois baroque et classique ? [Annonce de plan] Nous étudierons dans un premier temps l’aspect spectaculaire de ce passage, avant de nous pencher sur son caractère moral.



            [Annonce du grand axe et des sous-parties] Dans un premier temps, nous allons étudier en quoi ce dénouement est baroque par son côté spectaculaire, en nous penchant tout d’abord sur les personnages surnaturels ; puis nous étudierons les circonstances de la mort du personnage éponyme, avant de finir sur le caractère rapide et inattendu de ce dénouement.
            [1er argument : 1) annonce de l’argument] Tout d’abord, nous pouvons dire que les scènes 5 et 6 de l’acte V constituent  un dénouement spectaculaire en raison de la présence de personnages surnaturels, la statue du Commandeur ainsi que le spectre. [2) étude des procédés] En effet, ces deux personnages sont personnifiés, puisqu’ils interviennent en action et en paroles dans ces scènes : « LE SPECTRE : Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel. » (l.1 scène 6). De plus, la phrase exclamative prononcée par Sganarelle « Ô ciel ! » (l.8 scène 5) traduit son étonnement face au spectre qui se tient devant lui. Enfin, l’énumération « Spectre, fantôme ou Diable » (l.6, sc.5)  renforce le caractère surnaturel et invraisemblable de ce dénouement, ce qui le rend d’autant plus baroque. Cet aspect spectaculaire est aussi dû au changement d’apparence du spectre, qui est de plus en plus inquiétant puisqu’il se transforme en allégorie de la mort : « Le spectre change de figure et représente le Temps avec sa faux à la mien. » [3) interprétation] Ainsi, ce qui permet en partie au dénouement d’être spectaculaire est la présence du Spectre et la Statue, animés, qui exécutent des actions non vraisemblables.
            [2e argument] Par ailleurs, les circonstances mêmes de la mort de Don Juan sont spectaculaires. En effet, pour commencer, la mort du personnage éponyme est d’origine divine ; elle a lieu par l’intermédiaire  d’un « deus ex machina ». La présence divine est d’ailleurs évoquée à plusieurs reprises grâce au champ lexical de la religion : « miséricorde du Ciel » (l.2 sc.5), « Diable » (l.6 sc.5), « esprit » (l.10 sc.5), « les grâces du Ciel » (l.7 sc.6). Ainsi, la présence divine rend ce dénouement spectaculaire. De plus, on peut relever dans la scène 6 le champ lexical des enfers qui ne devrait pas être présent dans le récit classique d’une mort sur scène : « feu invisible » (l.9), « brasier ardent » (l.10), « tonnerre » (l.11), « grands éclairs » (l.11), « la terre s’ouvre », « l’abîme » et « grands feux » (l.12). Ce dénouement apparaît donc comme spectaculaire, et très baroque, d’abord grâce à l’intervention divine, puis grâce à l’invraisemblance des circonstances de cette mort.
            [3e argument] Enfin, ce dénouement est spectaculaire dans la mesure où il surprend à la fois les personnages et les spectateurs. En effet, les personnages sont surpris par la rapidité de l’action et par son caractère spectaculaire. La surprise des personnages se traduit par de nombreuses phrases exclamatives et interrogatives, notamment dans la dernière réplique de Don Juan : « Ô Ciel ! » (l.9), « Ah ! » (l.10), « Que sens-je ? » (l.9). De même, les spectateurs sont surpris par la rapidité de l’action. En effet, Don Juan, qui pensait dîner avec la statue du Commandeur se retrouve tout à coup aspiré par les entrailles de la terre. L’action est très rapide, le personnage principal a à peine le temps de prononcer trois répliques qu’il s’embrasse de façon spectaculaire. Ce dénouement est donc inattendu, car le spectateur n’a pas le temps d’anticiper cette fin, et il ne s’attend pas à un événement si prompt et incroyable.
            [Bilan / Transition] Ainsi, ces deux scènes représentent un dénouement spectaculaire et donc baroque, grâce à la présence de personnages surnaturels, aux circonstances de la mort de Don Juan, peu ordinaire, ainsi qu’à la rapidité de l’action et à son caractère inattendu. Mais nous allons voir que ce dénouement correspond aussi en partie aux impératifs du classicisme et à ses enjeux moraux.
           

           
            A présent, nous allons observer que bien qu’étant spectaculaire, ce dénouement est aussi moral. Nous étudierons dans un premier temps en quoi cette scène démontre les conséquences du péché de libertinage, puis du refus de se repentir, et enfin, en quoi  ces scènes constituent une catharsis à la fois classique et comique.
            En premier lieu, ces scènes ont une fonction morale en ce qu’elles montrent les conséquences du péché de libertinage. En effet, Don Juan est un libertin qui s’est cru affranchi des lois religieuses. Il en a donc profité, toute sa vie, pour faire des actions considérées comme des péchés par l’Eglise. La dernière réplique de Sganarelle constitue une énumération de tous les torts qu’a causé Don Juan au cours de sa vie : « Ciel offensé, lois violées, filles séduites, familles déshonorées, parents outragés, femmes mises à mal, maris poussés à bout » (l.14/16). Cette réplique a une fonction de morale, visant à dissuader les spectateurs de se comporter comme Don Juan. La fonction cathartique est donc accomplie en présentant aux personnages de la pièce et aux spectateurs ce qui pourrait arriver en cas de comportements similaires. Celui qui a passé sa vie à étreindre des femmes meurt seul, aspiré par les enfers.
            Par ailleurs, à travers l’histoire du personnage éponyme, ce dénouement veut prévenir les spectateurs et les personnages des conséquences du refus de se repentir. En effet, les personnages de la pièce invitent Don Juan à se repentir à plusieurs reprises, sans résultat. On voit cela à la répétition du verbe ou du substantif « repentir » à trois reprises dans les répliques de la statue, de Sganarelle, et de Don Juan lui-même : « et s’il ne se repend ici, sa perte est résolue » (l.2), « jetez-vous vite dans le repentir » (l.13), « il ne sera pas dit que quoi qu’il arrive, je sois capable de me repentir » (l.15). Don Juan refus à chaque sollicitation, et finit par mourir de ce refus. Le fait de se repentir peut alors faire penser au sacrement de la confession. En ce sens, ce dénouement peut servir de morale au spectateur, pour lui montrer ce qu’il peut lui arriver s’il ne se confesse pas ou s’il ne corrige pas ses actions. Ainsi, le dénouement est moral car il ramène à l’ordre les spectateurs en même temps que Don Juan, en leur montrant par sa mort l’importance du repentir.
            Enfin, nous pouvons dire que ce dénouement complète sa fonction de morale car il peut-être interprété comme une catharsis, mais une catharsis comique. En effet, ces scènes donnent à voir ce qui arrive à Don Juan, lui qui a mené une vie de libertin. Seulement, c’est trop invraisemblable pour que le spectateur soit véritablement purgé de ses péchés et y croie. Ainsi, nous pouvons dire que cette catharsis, qui a pour but de dissuader les spectateurs d’être libertin, propose une fin très exagérée, la punition de Don Juan étant trop peu probable. Cette catharsis est tellement exagérée, qu’elle tourne au ridicule et en devient comique. Le comique se traduit notamment grâce au personnage de Sganarelle, qui, au lieu de se préoccuper de la mort de son maître, pense uniquement à sa paye. On relève en effet un comique de caractère et de répétition dans les dernières répliques du valet : « Ah ! Mes gages ! mes gages ! » (l.13), « Mes gages ! mes gages ! mes gages ! » (l.16). Molière se moque ici du caractère du valet en le faisant passer pour cupide, annulant la peur que la mort de Don Juan aurait pu provoquer, ce qui vient annuler, en toute fin de pièce, l’enjeu moral du dénouement.
            On a donc vu que ces deux scènes constituent un dénouement en partie moral car elles s’efforcent de montrer au spectateur et de lui faire réaliser les conséquences de la mauvaise vie qu’a mené Don Juan. Cependant, l’aspect comique des dernières répliques de Sganarelle annule en partie l’enjeu cathartique des deux scènes, ce qui n’aura pas manqué de susciter la colère de la censure à l’époque.



            [Conclusion : Bilan de l’étude] Nous avons donc pu observer que les deux scènes finales de Dom Juan constituent à la fois un dénouement baroque par son aspect spectaculaire, et classique dans son enjeu moral. Spectaculaire grâce à la personnification de la statue et du spectre, impressionnants, aux circonstances de la mort du personnage éponyme dans les feux de l’enfer, ainsi qu’à la rapidité de l’action et du caractère improbable de celle-ci. Mais ce dénouement est aussi moral dans le sens où il cherche à démontrer aux spectateurs les conséquences du péché et du refus de se repentir. Cependant, ce dénouement n’en reste pas moins comique grâce au personnage de Sganarelle. [Ouverture] Cette scène n’est pas sans évoquer la scène finale de Ruy Blas, de Victor Hugo, qui lui ressemble car la mort du personnage principal peut là aussi paraître comique.